La cellule multiculturelle de la Police de Liège, qui s’appuie sur des agents volontaristes, expérimente depuis plusieurs années une police de proximité très avancée. L’initiative n’est pas miraculeuse mais elle apaise les tensions.
« Organiser des matchs de foot avec les jeunes c’est bien, mais ce n’est pas suffisant. » Aux manettes de la cellule multiculturelle de la Police de Liège, Jean-Paul Bonjean est un reficeleur de lien. Depuis 8 ans, il est missionné pour tenter de préserver, dans les quartiers populaires, les bonnes relations que les liégeois entretiennent avec leur police.
Il débute en organisant des tournois de foot et des projets de prévention avec les associations communautaires qui fourmillent dans les quartiers liégeois. Mais rapidement il constate les limites de ces collaborations ponctuelles et cherche à installer une vraie relation de confiance entre les jeunes et la police.
Le petit quartier de Burenville, 3 200 habitants, est coincé sur les hauteurs de la ville entre le périphérique et la ville voisine de St Nicolas. Une enclave qui connaît des problèmes de délinquance juvénile, sans aucune structure de jeunesse ou d’animation locale pour y répondre. Avec l’éducateur de rue, Jean-Paul Bonjean en a fait, bon gré mal gré, un laboratoire de ses projets de rapprochement. En 2006, un voyage mémoriel aux camps de Buchenwald-Dora en Allemagne a été organisé avec une délégation mélangeant des jeunes, des policiers, des conducteurs de bus (qui subissent des agressions répétées) et des retraités. Le bilan un brin frustrant de ce voyage a incité à décliner la démarche sur des week-ends aventure, organisés avec un organisme de formation qui développe la méthode commando : « X-cape ». En 2 ans, 10 week-ends ont été organisés avec 130 jeunes de 6 quartiers de l’agglomération.
Le concept : deux jours d’escapade dans les Ardennes avec une vingtaine de personnes, policiers, conducteurs de bus, jeunes étudiants ou salariés. Tous logés dans un refuge rustique qui force la proximité. Tout commence, le vendredi soir, par une marche nocturne où il faut fatalement s’entendre pour choisir un chemin. « Le lendemain il y a toute une série d’épreuves où l’entraide est le maître mot, explique Philippe Walter, l’éducateur de Burenville qui co-organise les week-ends. On avait à cœur de créer des conflits positifs pour forcer tout ce beau monde à communiquer. » Les discussions qu’ouvrent ces moments de vie commune sont très enrichissantes pour tout le monde. « On voit émerger un manque de reconnaissance du coté des jeunes comme du coté de la police. » Un dialogue efficace pour briser les préjugés. Entre jeunes, policiers et conducteurs de transport en commun, on apprend à se connaître et à se respecter.
A l’issue des week-ends, les participants sont à nouveau réunis pour tenter d’importer dans le quartier le fruit de cette nouvelle complicité. Une affiche, par exemple, a été conçue et collée dans le quartier par des jeunes et des policiers, côte à côte. Des dîners sont aussi organisés pour associer la population. Plusieurs jeunes tentent désormais de prendre le relais, avec la création, en avril, de leur propre association. « On essaie simplement d’ouvrir une structure pour maintenir les jeunes dans une attitude positive, loin de l’influence de la minorité qu’on ne peut plus atteindre », explique Lahoucine Knar co-fondateur de l’association, qui a participé à plusieurs week-ends « X-cape ».
Pour la police du quartier, ces projets ont aussi favorisé l’installation d’un véritable travail de proximité. Le « référent jeunesse », qui est chargé - dans tous les commissariats - d’une mission de veille et de prévention, s’emploie ici à nouer un lien privilégié avec les jeunes. C’est Roland Dengis, 1m90 de force tranquille, qui endosse cette casquette. Dans ses rondes, il adopte un ton fraternel et une attitude détendue. Il connaît la plupart des jeunes et peut les appeler personnellement en cas de besoin. On l’appelle aussi parfois pour des conseils ou pour régler des démêlés. Récemment, il a reçu par exemple l’appel d’un habitant qui sollicitait son intervention pour calmer une trentaine de jeunes. Ceux-ci préparaient une expédition punitive. En allant à leur devant, il a pu les en dissuader avec des habitants.
Cette relation privilégiée lui permet de prévoir le parcours des jeunes et d’alerter les travailleurs sociaux s’il les sent tentés par la pente glissante. Elle facilite aussi beaucoup le travail judiciaire. « On obtient des informations utiles, explique-t-il, les surnoms des jeunes, les relations qu’ils entretiennent entre eux. » En cas de délit de fuite notamment, il sait où et quand retrouver le fuyard.
« Roland c’est notre pote, pouffent deux jeunes de 15 et 16 ans postés prêt du mini stade de Buranville. Il est gentil, mais bon, la police… ils essayent des trucs plus proches de nous pour encore plus nous baiser. On préfère avoir à faire aux autres policiers parce qu’avec lui dès qu’on fait un truc il nous attrape. Il casse trop la tête Roland. Il faudrait une police qui nous laisse tranquille. »
Roland Dengis conçoit aussi son rôle comme un soutien à l’action judiciaire envers les mineurs délinquants, qui encourent beaucoup moins de sanctions que leurs ainés. Fin connaisseur du quartier et des parcours délinquants, il peut plaider au parquet pour des réponses adaptées, dès les premiers délits. « J’ai vu des mineurs qui faisaient des petites bêtises commettre leur premier car-jacking, explique-t-il. Et aujourd’hui ils sont connus pour des braquages. On peut stopper ces évolutions en adaptant les réponses à chacun, en fonction de son environnement familial et de ses antécédents. » Il tente donc d’entretenir ses relations, y compris avec les plus impliqués dans des actes délinquants. Un équilibre délicat : « on est plus tolérant que certains collègues sur des petites choses, et c’est bien. Quelque part, il y a besoin du gentil flic et du méchant flic. » Il se garde pourtant d’endosser le rôle d’un travailleur social. Sa mission reste avant tout l’ordre public.
Sur les hauteurs de Burenville, derrière un alignement de petits immeubles, trois jeunes adultes disent tout le mal qu’ils continuent de penser de la police. « Ils nous contrôlent constamment, peste l’un deux, adossé à l’angle de la place centrale du quartier. « Ils nous disent que c’est leur métier, mais bon… chacun son métier ». Sur la place de l’église de St Marguerite dans l’autre quartier du secteur de police, les collégiens qui ont fini la classe tiennent un discours tout aussi convenu. « On n’aime pas la police, on n’a pas de bons rapports avec eux, tranche un enfant de 14 ans qui raconte les cris et les insultes qui fusent au passage des patrouilles. Avant cela allait encore, se souvient, l’air grave, son camarade de 13 ans. Mais maintenant c’est pire. » Le rire moqueur de l’attroupement que la discussion a créé le fera revenir à la réalité.
« Franchement cela dépend des policiers », concède enfin un jeune d’une vingtaine d’années. Une note d’optimisme, toute relative, que partage le responsable de la maison des jeunes de St Marguerite, Xavier Hutsemékers. « Il reste beaucoup de difficultés, mais depuis quelques années certains policiers ont un très bon rapport avec les jeunes. Même si ça reste marginal, il y a une réelle amélioration. »
Une évaluation menée par l’université catholique de Louvain observait, en janvier dernier, que la petite criminalité (injures, agressions et dégradations) à Burenville est en moyenne 6,5% inférieure les 10 mois suivants les week-ends « X-cape », par rapport aux 10 mois les précédant. Derrière ces effets statistiques, qui traduisent en partie l’impact de ces projets, Burenville n’a vu aucun miracle ces deux dernières années.
Au premier étage d’un immeuble de trois étages qui jouxte le square où se retrouvent les ados du quartier, Brigitte Nelis ne croit plus en la police. « Ils ne peuvent rien faire, soupire-t-elle. Ils essayent d’agir mais les jeunes s’enfuient et recommencent leurs dégradations dès qu’ils tournent le dos. Depuis l’installation du terrain de foot, il y a un an et demi, c’est une calamité dans ce square. Les bras croisés sur le pallier de sa porte, elle prévient : si les jeunes me font quelque chose je n’irai pas voir la police, je réglerai ça moi-même.
Globalement, le divorce entre la police et la population reste loin du faussé qu’on observe dans certains quartiers français. Pour beaucoup, cela s’explique par un urbanisme moins segmenté socialement. A Liège, il n’y a plus de grand ensemble immobilier depuis que les 5 tours immenses de la proche banlieue de Droixhe ont été vidées, ces 10 dernières années. La délinquance juvénile et les phénomènes de bandes ne concernent qu’une cinquantaine de jeunes au plus, dans chaque quartier populaire. En centre ville, la sérénité des relations entre la police et la population saute aux yeux. Dans la foule festive des nombreux festivals, l’arrivée visible des tuniques orange fluorescentes n’ouvre aucune tension. Les fêtards amusés interpellent les agents et échangent deux mots de convivialité. Une affaire culturelle, estime Pascal Gillot, chargé de communication et instructeur à la police de Liège. « La Belgique est un pays de cocagne, devise-t-il. On a des communautés germanophones, francophones et néerlandophones. On doit dialoguer pour pouvoir s’entendre donc on a l’habitude. »
La police communale développe son propre service de prévention qui intervient dans les écoles, auprès des associations ou des mosquées avec un financement indépendant assuré au niveau national. Ils proposent des formations pour les enseignants ou les parents de jeunes enfants et mettent en place des opérations de sensibilisation sur des problèmes ciblés. « La délinquance a toujours existé, tranche Pascal Gillot, et évidemment cela ne dépend plus de nous. L’État doit investir dans l’éducation, nous ne sommes pas la solution aux problèmes de société. »
Erwan Manac'h
lundi 29 juin 2009
Le gant de velours de la police de Liège
Petite mère d’un peuple
La vie de Nirmala Rajasingham est entièrement liée au drame des tamouls sri-lankais. Elle a milité pour les Tigres avant qu’ils ne prennent une ligne violente. Depuis son exode et l’assassinat de sa sœur, elle ne cesse de se battre pour la paix à Sri Lanka.
L’œil doux, le sourire lourd, Nirmala Rajasingham est une militante discrète mais obstinée. Elle a voué sa vie entière au combat pour la paix et la démocratie à Sri Lanka. 56 années de déchirures, de nationalisme, de répression. 56 années d’espoir, et 22 ans d’exil. Elle sème aujourd’hui un message modéré avec une énergie intarissable.
Début juin la dame tamoule était de passage à Paris à l’invitation de Radio Libertaire (1) pour parler des 6 mois de violence que vient de vivre Sri Lanka. « Deux heures d’émission pour parler de Sri Lanka, s’extasiait-elle la veille, je ne pouvais pas le croire ! ». Sans aucun signe de lassitude, elle raconte posément sa révolte et le combat de sa vie. Pas besoin de la pousser vers les sujets sensibles. Elle étale ses douleurs avec une force déconcertante, martèle son message de paix avec toujours plus de conviction.
Dans les années 80, lorsque les violences redoublent à Sri Lanka, Nirmala est une jeune professeure d’anglais. « J’étais une activiste de gauche, raconte-t-elle. Mais j’étais contre l’idée d’une séparation de Sri Lanka et plutôt mal à l’aise avec le nationalisme tamoul. » Les premiers pogroms contre les tamouls, dès 1977, la retranchent dans une révolte plus radicale. « Face à une répression aussi violente, j’estimais qu’on avait le devoir de supporter le mouvement nationaliste tamoul. » Elle se rapproche donc d’un des nombreux réseaux militants de l’époque : les Tigres de libération de l’Eelam tamoul (LTTE). Elle aide la vingtaine d’activistes en prêtant son toit ou en soignant leurs blessures. Pour cette complicité, elle est arrêtée et emprisonnée sous le coup d’un programme de prévention du terrorisme. La première femme prisonnière politique de la période. Elle est placée en isolement dans les geôles sri-lankaises pendant 22 mois et réchappe indemne des massacres de juin 1983, qui font 53 victimes parmi les détenus de sa prison.
Grâce à l’aide des Tigres, elle parvient rapidement à s’évader et trouve refuge au sud de l’Inde, à Madras, où le réseau tente de rassembler ses forces. « J’ai rapidement rejoint le noyau du mouvement, explique-t-elle, mais j’ai réalisé que ce n’était pas ma place ». Les Tigres ont considérablement durci leurs méthodes. Ils tuent sans sourciller et entament un grand nettoyage des mouvements tamouls qui leur font de l’ombre. Au sein même du groupe armé, les règlements de compte sont tragiques.
6 mois après son évasion, Nirmala quitte les Tigres avec son mari et se cache en Inde du sud. « Cela était devenu vraiment dangereux pour moi de rester dans la région, les Tigres assassinaient tous les anciens activistes qu’ils retrouvaient ». En 1986, elle fuit l’Inde pour le Royaume-Uni.
Au même moment, sa sœur Raja Thiranagama, qui soutenait le LTTE depuis la Grande Bretagne, choisit aussi de rompre avec l’organisation armée. Elle quitte pourtant l’Angleterre et rejoint Jaffna au Nord-est de Sri Lanka, pour enseigner la médecine. Là-bas, elle milite d’arrache pied contre les violences des deux camps. Avec deux autres enseignants, elle fonde une association d’intellectuels pour dénoncer les violations des droits humains (l’association, le UTHR, a reçu il y a deux ans le prix Martin Ennals pour les militants des droits humains (2)). En 1990 elle signe un livre sans concession, dans lequel elle critique tous les groupes armés. Raja dérange et à 35 ans, un jour de septembre 1989, elle est assassinée par le LTTE.
Depuis Londres, Nirmalla tente de poursuivre le combat de sa sœur défunte. Au sein de la diaspora, elle se bat contre les Tigres, exhorte les réfugiés à rompre avec la ligne radicale. Dans les années 1990, elle est contrainte un temps de vivre cachée. A l’époque, se souvient-elle, des enlèvements et des assassinats étaient aussi perpétrés à Londres et dans les capitales occidentales.
Elle colporte aujourd’hui plus sereinement son combat pour la démocratie à Sri Lanka. Avec son organisation, le Sri Lanka Democracy Forum (SLD), elle continue de militer au sein de la diaspora pour couper les vivres des Tigres et soutenir la solution politique. Elle est une voix très écoutée par la communauté internationale. Une voix experte et modérée. « À Sri Lanka les gens sont prêts à vivre ensemble, défend-elle. Ils travaillent ensemble, restent solidaires. Les pogroms et les assassinats sont orchestrés par le gouvernement et le LTTE. C’est ce qui est le plus dramatique. »
Ses 22 années d’exil sont une déchirure. « Mes enfants me disent que j’ai une vie triste » lance-t-elle dans un éclat de rire. Parce qu’elle ne cesse jamais de parler de Sri Lanka. Elle chante aussi sa souffrance et enregistre des complaintes mélancoliques dans son appartement londonien. Des poèmes de sa sœur qu’elle met en musique. Ils disent le désespoir des tamouls du Sri Lanka. « On a le cœur brisé parce que nos symboles sont brisés, explique-t-elle. Les tigres ont supprimé tous ceux qui portaient un espoir. On ne sait plus où aller. »
Elle constate aujourd’hui sans joie la fin du règne des Tigres. « Ils sont finis, tranche-t-elle, ils ont perdu leur puissance financière et sont militairement affaiblis. Mais la tache est immense, il faut tout reconstruire depuis le début, avec nos frères et sœurs, cinghalais et tamouls unifiés. » Elle alerte pourtant sur le rôle futur de la diaspora, qui a toujours été un soutien déterminant des Tigres. « Maintenant que le LTTE est vaincu, certains au sein de la diaspora veulent faire porter leur voix pour faire vivre l’organisation tamoule. »
Nirmala veille sur son peuple comme une mère rongée par l’inquiétude. Après avoir mené tous les combats politiques avec ténacité, elle trouve désormais l’énergie de s’occuper d’une association d’aide aux migrants sri-lankais qu’elle vient de créer avec quelques amis. « On voudrait aider tous les sri lankais, et notamment ceux qui ne sont pas politisés, explique-t-elle. Parce qu’à Londres, les tamouls et les cinghalais sont très nationalistes et vivent chacun de leur côté ». A son échelle, elle espère offrir aux réfugiés une alternative au repli nationaliste au sein d’une communauté tamoule très vindicative.
« Bien sûr que j’aimerais retourner à Sri Lanka, soupire-t-elle, impassible. Un jour ça sera possible, je l’espère. »
Erwan Manac'h
(1) Chroniques rebelles : http://chroniques-rebelles.info/
(2) www.uthr.org
« Jardins d’éveil » : un doux euphémisme
Nadine Morano, secrétaire d’État à la Famille, a lancé le 11 mai à Ville-en-Tardenois (Marne) l’expérimentation d’une nouvelle structure d’accueil pour les enfants de deux à trois ans. Une structure payante, sous encadrée par rapport aux crèches, avec un personnel moins formé.
Face au manque criant de places en crèche, la secrétaire d’État à la Famille, Nadine Morano, va expérimenter une solution à moindre coût pour l’État. L’invention s’appelle « Jardin d’éveil ». Un doux nom qui désigne une structure d’accueil spécialement dédiée aux enfants de deux à trois ans et demi. Le dispositif, à l’essai jusqu’en 2012, reste pour le moment entouré d’un épais flou artistique. Mais il est d’ors et déjà certain qu’il sonne la fin de l’instruction gratuite dès deux ans.
Pour un foyer vivant avec un Smic, une place en Jardin d’éveil coûtera 42€ mensuels (6,3% du total) contre 178€ pour des revenus supérieurs à quatre Smic (26%). Des frais, certes moins élevés que pour les crèches, qui détonnent face à la gratuité de la Maternelle. D’après les premiers plans du ministère de la Famille, les Jardins d’éveil seront aussi financés à 40% par les Caisses d’allocations familiales (CAF). Le reste sera à la charge des « porteurs de projet » : des entreprises, des associations ou plus probablement des collectivités locales. Une solution moins coûteuse pour l’État, qui devrait donc surtout reposer sur les municipalités.
Chez les éducateurs de la petite enfance, on s’interroge sur la nécessité de créer cette nouvelle structure d’accueil qui s’ajoute aux cinq existantes en dehors de la Maternelle (Jardins d’enfant, crèches d’entreprise, haltes garderies etc.). La secrétaire d’État assure que les Jardins d’éveil apporteront une « réponse adaptée aux 2-3 ans ». Pourtant, rien n’a été dévoilé sur leur contenu éducatif.
Là encore, la réponse est à chercher du côté des économies budgétaires. L’encadrement, en Jardin d’éveil, sera d’un adulte pour douze enfants. « C’est 50% d’enfants en plus par rapport à une crèche » peste Christophe Harnois de l’Union nationale des syndicats autonomes petite enfance (UNSA). Les 8 000 places d’accueil qui s’ouvriront en Jardin d’éveil en trois ans seront donc moins coûteuses qu’une place en crèche ou en jardin d’enfant.
La création des Jardins d’éveil s’inscrit aussi dans une politique de baisse du niveau de formation de l’encadrement de la petite enfance. Des décrets successifs, en 2000 et 2007 et un récent projet de décret encore en discussion, ouvrent progressivement de plus en plus de places à des diplômés moins formés, comme les CAP sanitaire et social. C’est un point essentiel de la critique de plusieurs associations d’encadrant de la petite enfance : on affaiblit l’encadrement, en nombre comme en compétence, dans le seul objectif de cueillir quelques économies sur les salaires.
Avec les Jardins d’éveil, le gouvernement met surtout un terme définitif à la scolarisation des moins de trois ans. Le 3 juillet 2008 devant la commission des Finances du Sénat, le ministre de l’éducation nationale, exprimait très clairement sa volonté de déscolariser les 2-3 ans pour fermer des classes de maternelle. Et les chiffres montrent une volonté tacite du ministère, depuis 2002, d’imposer progressivement cette volonté. En cinq ans, le nombre d’enfant de 2 à 3 ans en Maternelle a chuté de 32% et ne représentait plus que 23% de la tranche d’âge en 2007 (contre 34,7 en 2002, source ministère de l’éducation). Ce mouvement est une conséquence de l’accroissement démographique qui ne s’est pas accompagné d’une augmentation proportionnelle de la capacité d’accueil. A défaut de places, on oriente donc les moins de 3 ans vers des solutions alternatives.
Ces dernières années, la Droite a développé, sur le terrain pédagogique, un discours clairement hostile à la scolarisation des moins de trois ans. En 2006, un rapport de Monique Papon et Pierre Martin, sénateurs UMP lançant l’idée des Jardins d’éveil pour remplacer l’école, qui selon eux, « n’a pas vocation à accueillir les enfants de deux ans. Elle n’est pas adaptée à leur rythme de sommeil, à leurs besoins d’isolement ou de mouvement », observait-ils. « La scolarisation précoce, concluaient-ils même, ne compense pas les écarts de réussite liés à l’appartenance sociale ». Faux, rétorquent des voix convergentes d’universitaires et de pédagogues. « L’école maternelle exerce un rôle positif sur la scolarité ultérieure des élèves, juge Bruno Suchaut, directeur de l’Institut de recherche sur l’éducation (Iredu). Elle contribue également à l’équité sociale en offrant à tous les parents un lieu d’apprentissages cognitifs et sociaux gratuit pour leurs enfants ». « Cela présente des avantages dans la compréhension orale, la familiarité avec l’écrit et les compétences numériques, estime de son côté Agnès Florin, professeur de psychologie de l’enfant et de l’éducation à Nantes. Cela bénéficie tout particulièrement aux zones d’éducation prioritaires (ZEP) et aux milieux défavorisés et très défavorisés. »
Le problème central reste en effet que, pour les familles, les Jardins d’éveil seront une solution de dépit dans l’absence de places en Maternelle. Les familles les plus pauvres devraient se tourner vers les Jardins d’éveil qui sont moins couteuses que les autres structures. « De fait, observe Agnès Florin., il y a un risque de ségrégation sociale ».
Erwan Manac'h
vendredi 29 mai 2009
Le contrecoup humain de la crise sera violent.

Dans son rapport annuel sur l’état des droits humains dans le monde, Amnesty international alerte sur les conséquences dramatiques de la crise économique. Si rien n’est entrepris politiquement, l’organisation présage une année noire pour les droits humains.
Amnesty international pousse un cri d’alarme : « Nous sommes assis sur une poudrière d’inégalité, d’injustice et d’insécurité qui est sur le point d’exploser ». Dans son rapport annuel sur la situation des droits humains dans le monde l’organisation trace un bilan préoccupant de l’année 2008 pointant en particulier les conséquences de la crise économique.
Chômage, malnutrition, difficultés d’accès à l’eau potable, tensions politiques et répression : si la communauté internationale ne sort pas de son mutisme, on risque d’assister, impuissant, à des tragédies humanitaires en cascade. Pour l’année 2009, la banque mondiale prédit 53 millions de personnes supplémentaires sous le seuil de pauvreté.
En tout premier lieu, Amnesty redoute l’explosion annoncée du chômage. D’après l’Organisation internationale du travail, il devrait s’accroitre de 9 à 27% selon différents scénarios. De 18 à 51 millions de personnes risquent de perdre leur emploi. La paupérisation de ces millions de nouveaux chômeurs risque d’affecter en profondeur les économies nationales les plus fragiles. Les travailleurs immigrés, qui occupent souvent les emplois précaires, seront les premiers touchés. Or chaque année les expatriés envoient 200 milliards de dollars à leurs proches. L’amaigrissement de cette manne amputera beaucoup d’économies locales d’une partie de leurs liquidités.
Dans ce contexte, et avec le durcissement des conditions de l’immigration légale, les derniers aspirants à l’exil sont forcés de prendre toujours plus de risques. En 2008, 67 000 personnes ont traversé la méditerranée au péril de leur vie et le nombre des personnes disparues reste une inconnue inquiétante. Amnesty international épingle aussi les entraves aux droits des réfugiés, en particulier en l’Europe. Le droit d’asile n’est pas appliqué dans des conditions satisfaisantes. Les accords bilatéraux de lutte contre l’immigration clandestine poussent, par ailleurs, les pays d’émigration à criminaliser les migrants. En Août 2008, par exemple, le parlement algérien adoptait une loi prévoyant 6 mois d’emprisonnement pour tout algérien intercepté dans une tentative d’émigration clandestine. Plus au Sud, la Mauritanie réprime les étrangers qui transitent sur son territoire. Des centaines de migrants présumés sont enfermés et expulsés sans pouvoir faire valoir leurs droits.
Avec la pression économique le sentiment xénophobe et les discriminations raciales risquent de s’exacerber à travers le monde. La politique européenne envers les Roms, les traitements réservés aux indigènes par le Brésil ou la Bolivie : partout des politiques discriminatoires sont mises en place par les gouvernements sous la pression, ou avec l’aval, des pouvoirs économiques. Ces discriminations jouent par ailleurs un rôle central dans l’enracinement de la pauvreté. « Ce n’est pas une coïncidence si une grande partie des pauvres de la planète sont des femmes, des migrants ou des personnes appartenant à des minorités ethniques ou religieuses » déplore Irene Khan secrétaire générale d’Amnesty international.
Autres fléaux qui risquent de s’accroitre avec la crise : la faim. La crise alimentaire, qui frappe déjà 150 millions de personnes, se creuse avec l’augmentation continue du prix des denrées alimentaires. La faim et la malnutrition concernent aujourd’hui près d’un milliard de personnes d’après l’Organisation des nations unis pour l’alimentation et l’agriculture (FAO). Un sixième de l’humanité.
Dans le même temps, il reste un problème de mal-logement criant dans certaines métropoles. C’est le cas notamment à Nairobi, au Kenya, où 60% de la population vit dans des logements de fortune. Plus d’un milliard de personnes, dans le monde, vivent en bidonville. C'est-à-dire un citadin sur trois.
La crise risque enfin de durcir les tensions politiques. La situation dans plusieurs régions attire l’attention des défenseurs des droits humains, en particulier en Afrique. Dans l’est de la République démocratique du Congo, par exemple, un conflit politique sévit en silence sur fond de rivalités économiques. L’arrêt brutal des investissements étrangers a stoppé le redémarrage économique qui laissait espérer une accalmie des tensions.
Globalement, Amnesty craint que les gouvernements autoritaires resserrent l’encadrement des populations civiles face aux conséquences sociales de la crise. L’organisation observe notamment avec anxiété le durcissement du régime russe à l’aune de l’effondrement de ses ressources pétrolières. L’instabilité reste vive dans le Caucase et en particulier en Tchétchénie, au Daghestan et en Ingouchie où les forces de l’ordre se rendent responsables d’actes de torture, d’exécutions et d’arrestations arbitraires faisant écho à des attaques meurtrières des opposants. Plusieurs charniers ont été découverts en Tchétchénie sans que l’État n’autorise des investigations poussées.
Sans surprise le Zimbabwe est aussi épinglé pour les violences politiques qui ont suivi le scrutin de mars 2008. Au moins 180 personnes y ont trouvé la mort. Les enlèvements, les tortures et les passages à tabacs se sont multipliés dans un pays déjà sinistré par une crise économique aigüe. Confirmation supplémentaire, si besoin était, du risque d’instabilité politique qui accompagne les grandes crises économiques.
Il est donc à craindre que les despotes durcissent leur gouvernance par anticipation. La censure contre la presse et les intellectuels devrait donc rester à un niveau préoccupant. En la matière, c’est le Sri Lanka qui est brocardé, en raison de la mort de 9 journalistes depuis 2006. L’Iran, l’Égypte, la Syrie et la Chine sont particulièrement critiqués pour leur censure sur internet.
Le désespoir des laissés-pour-compte risque aussi de faire le terreau de tous les extrémismes politiques. Aucune accalmie n’est donc prévisible dans les velléités terroristes de certains jeunes à travers le monde.
Malgré ces signaux alarmistes, rien n’est fait pour endiguer les risques d’explosion. « Les gouvernements ont lamentablement échoué dans leur mission de protection des droits » dénonce Irène Khan. L’intégration à la table du G20 de pays émergeants comme la Chine, le Brésil, l’Inde et l’Afrique du Sud ne présage pas une prise en main volontariste de la question des droits humains. Et si Amnesty international salue la nouvelle donne que Barack Obama a apportée dans la politique des États-Unis, l’organisation reste prudente, dans l’attente notamment de voir si le pays saura faire pression sur Israël et la Chine pour qu’ils se plient au droit international.
Paradoxalement, des fonds sont facilement levés par les organisations internationales pour réformer la justice commerciale des pays en développement, afin de sécuriser et d’étendre le libre marché. Rien en revanche n’est fait pour installer dans ces pays une justice indépendante au service des droits humains. Deux tiers de la population mondiale n’a pas véritablement accès à la justice, d’après l’Organisation des nations unies (ONU).
Amnesty international tient enfin le Fond monétaire international (FMI) pour responsable de l’incapacité des nations à répondre à la crise sociale. Les réformes « d’ajustements structurels » - qu’il imposait jusqu’à la fin des années 1990 en échange des prêts financiers - ont fauché les embryons de service public dans beaucoup de pays en développement. « Les gouvernements ont dû sacrifier au marché leurs obligations en matière de droits sociaux et économiques » explique Irène Khan. Partout, la sécurité sociale, l’enseignement public et la santé sont laissés au second plan. Et les États sont bien souvent dans l’incapacité de répondre aux problèmes sociaux charriés par la crise.
Dans une note d’optimisme, l’organisation observe pourtant que la crise « a déclenché une révolution conceptuelle qui ouvre la voie à des possibilités de mutation du système ». Elle en appelle à un mouvement populaire, seule force capable d’influer les réponses politiques à la crise. Sa campagne politique se déclinera donc à l’international sous un item commun : « exigeons la dignité ».
Erwan Manac'h
mardi 12 mai 2009
Victimes de guerre à distance
La diaspora tamoule se mobilise face à la guerre au Sri Lanka, à Londres, Toronto et dans plusieurs villes occidentales. Reportage à Paris dans une communauté discrète et très soudée.
Depuis le durcissement des violences au Sri Lanka, en janvier, la diaspora tamoule est plongée dans l’anxiété. Jour et nuit, les tamouls de Paris se retrouvent par centaines sur la place de la République à Paris, pour tenter de réveiller l’opinion et la diplomatie française.
Quatre jeunes sont en grève de la faim depuis le 8 avril. Deux ont été hospitalisés et l’état de santé des deux autres s’est fortement dégradé la semaine passé. Ils ont réitéré, samedi 9 mai, leur refus de recevoir des soins.
« Je suis déterminé », prévient Shanmugarajah Navaneethan, l’un des grévistes de la faim. Sous une épaisse couverture aux couleurs des Tigres, il exhorte Bernard Kouchner de reconnaître la région de l’Eelam comme un territoire tamoul. Malgré l’inquiétude de ses proches, il se dit prêt à jeûner jusqu’à la mort si le ministre français des affaires étrangères, qui rencontrait mardi à New York son homologue britannique sur le sujet, n’obtient pas d’accalmie dans le Nord-est du Sri lanka.
Devant la tente montée pour abriter les grévistes de la faim, à l’entrée du métro République, Thevarajah Thadcha guette les journalistes et les passants qui s’attardent. « L’armée sri lankaise utilise des bombes interdites par la convention de Genève, dénonce la militante de l’Organisation des jeunes tamouls (OJT) : des bombes à phosphore blanc, des bombes à sous munitions. »
« Les familles guettent le nom de leurs proches dans les journaux mais la plupart des victimes sont portées disparues car il est difficile d’identifier les corps calcinés par les bombes à phosphore. »
Sur les pelouses de la place de la République, les femmes entonnent inlassablement des slogans fustigeant le gouvernement « terroriste » du Sri lanka. Debouts, légèrement en retraits, les hommes discutent calmement.
« J’ai quitté le pays en 1986, au moment ou ça commençait à se durcir, témoigne Jana Francis qui réside aujourd’hui à Drancy, en région parisienne. « Mon père était recherché pour avoir aidé les tigres. Il s’est d’abord enfui seul et on l’a rejoint de peur de subir nous aussi des représailles. »
À aujourd’hui 29 ans elle a mis sa formation de web-master entre parenthèses, obnubilée par l’inquiétude. « Les gens qui sont blessés ou amputés ne sont pas soignés, explique-t-elle. Ils n’ont même pas d’eau pour nettoyer leurs plaies. Après quelques jours il y’a des verres qui en sortent. »
Endeuillés, rongés par l’anxiété, les expatriés font preuve d’une grande solidarité face aux événements récents. « Les réseaux tamouls en France sont d’autant plus denses qu’ils se sont crée dans l’adversité » observe l’ethnologue Aude Mary dans un ouvrage sur les tamouls de Paris(1). Les rites religieux du Ganesh sont célébrés chaque année dans les rues du quartier de la Chapelle à Paris où les tamouls ont « reconstitués une territorialité » d’après l’ethnologue. Beaucoup n’y habitent pas mais viennent y trouver une enclave communautaire très forte.
Dans cette communauté très soudée, les militants du LTTE ont une influence politique importante. Ils accompagnent l’intégration des migrants en les orientant dans leurs démarches administratives ou en organisant le soutien scolaire. « Les tamouls c’est les Tigres et les Tigres c’est les tamouls » scande la foule postée place de la république.
Pourtant, derrière un soutien unanime en apparence, certains tamouls dénoncent la violence du LTTE. Une critique discrète et isolée qui, selon plusieurs témoignages, expose à des représailles violentes. L’ONG Human Rights Watch (HRW) dénonçait en 2006 (2) « de graves agressions, des menaces de mort et des campagnes de diffamation » des Tigres sur leurs opposants au sein de la diaspora, en particulier au Canada ou au Royaume Uni où résident beaucoup de réfugiés.
L’ONG américaine pointait aussi dans son rapport un « racket » quasi quotidien d’une partie de la diaspora. Des réfugiés sont forcés à verser plusieurs milliers d’euros, en s’endettant s’il le faut, et des pressions pèsent sur les familles des réfugiés tamouls restées au Sri Lanka. « De nombreux membres de la diaspora soutiennent activement les Tigres tamouls, observait Jo Becker, l’auteur du rapport. Mais la peur est si présente que même les tamouls qui ne les soutiennent pas pensent toujours qu’ils n’ont d’autre choix que de donner de l’argent. »
Le silence reste aussi un trait traditionnel de la diaspora tamoule et les réfugiés racontent peu les horreurs qu’ils ont vécus. « Mes parents ont fui leur pays mais ils ne m’ont pas raconté tout ce qui se passe là-bas explique Shanmugarajah Navaneethan, le gréviste de la faim. C’est avec l’âge et en faisant des études que j’ai compris les choses. »
La jeune génération qui a grandi en France est en première ligne dans le happening permanent de la place de la République. « Nos parents nous ont offert une éducation, explique Thevarajah Thadcha qui est arrivé en France à 16 ans. De notre côté on a le devoir de redonner notre pays aux mains de nos parents. »
Cette jeunesse, forgée dans une double culture, aspire aussi à une meilleure reconnaissance de la France. « Ça fait 25 ans qu’on manifeste en France pour la cause tamoule, on n’a jamais eu de reconnaissance, accuse le gréviste de la faim. Nous les jeunes tamouls français, ça nous choque, alors on a décidé de prendre les choses en main. »
Le 20 avril dernier, lorsqu’une poignée de jeunes tamouls exprimait violemment sa colère contre les CRS dans les rues du quartier de la Chapelle, la France politico-médiatique découvrait une communauté discrète. « Après 29 jours de manifestation pacifique, rien n’a bougé, déplore Jana Francis. Il a fallu que ça dégénère à la Chapelle le 21 avril pour que les gens s’intéressent à nous. »
Erwan Manac'h
(1) Mary Aude, « En territoire tamoul à Paris, un quartier etnique au métro La chapelle », autrement, 2008.
(2) « Les tigres tamouls rackettent la diaspora » mars 2006.
Un tiers des tamouls exilé.
Depuis la décolonisation du Sri Lanka, en février 1948 des tensions sociales et ethniques embrasent régulièrement le pays. Les Tigres de libération de l’Eelam Tamoul (LTTE) revendiquent depuis 1976 l’autonomie d’une région littorale du Nord-est. Une idée toujours refusée par les gouvernements sri-lankais tenus par l’ethnie singhalaise majoritaire.
En 1983 la guerre civile explose et la population tamoule se retrouve prise en tenaille entre la répression gouvernementale et la domination musclée du LTTE. Les pogroms et la répression sanglante du gouvernement poussent près du tiers des tamouls sri-lankais à l’exode.
En janvier dernier, le gouvernement sri lankais à lancée son « offensive finale » contre les Tigres. Ils sont aujourd’hui acculés avec des milliers de civils sur une étroite bande de terre dans le Nord-est du pays, sous le feu nourrie des forces gouvernementales.
La diaspora compte dans le monde 600 000 à 800 000 personnes. En France, il s’agit de la première communauté de réfugié avec 60 000 sri lankais protégés par le droit d’asile et des milliers en situation irrégulière.
Les récentes poussées de violence ont précipité, en 2008, 2948 sri-lankais à demander l’asile politique de la France soit près de 8% de l’ensemble demandes.
Erwan Manac’h
La « ronde des obstinée » s’évade.

Ils tournaient obstinément depuis le 23 mars. 1000 heures que les enseignants-chercheurs, les personnels biatoss et les étudiants se relayaient, jour et nuit, pour alimenter à l’infinie un cercle de mécontents sur le parvis de l’Hôtel de ville de Paris. 1000 heures et pas l’once d’une réponse du gouvernement. Alors le 4 mai, les obstinés ont choisi de rompre leur rond-rond quotidien et d’aller tourner intempestivement. Jeudi 7 mai c’est au Panthéon qu’ils sont allez faire des tours.
« Notre marche lancinante entre dans une dynamique centrifuge » prévient un tract unitaire distribué par une enseignante de « Sauvons l’université ». Elle réapparaitra plus massive et intempestive et s’associera plus encore aux autres secteurs en lutte. »
Sous le regard détaché d’une poignée de touristes, la ronde suit une allure décidée.
« Le décret qui modifie le statut des enseignants, qui a été soit disant réécrit, pose toujours problème, explique Mme Dagois, professeur de Musique. Il y’a aussi le projet de décret sur la « masterisation » [de la formation des enseignants] qui s’élabore sans concertation en reprenant ce qui posait problème dans le premier décret. » Dans la ronde, on marche aussi pour redire son opposition à la Loi sur l’autonomie des universités (LRU) votée en Août 2007.
« Tout ce qui nous est proposé par le gouvernement comme des réformes se résume à des économies de moyens » tranche Mme Dagois.
A mesure que la foule gonfle devant le Panthéon, le cercle grossi et entoure bientôt la large place pavée. Dans la file, beaucoup d’enseignant-chercheurs, des personnels d’université et quelques étudiants.
« On se bat pour une certaine idée de l’enseignement, explique Nicolas, étudiant en philosophie à Paris 8. Pour une université en mouvement, avec une recherche et des enseignements libres, pas orientés sur des intérêts économiques ou dictés par un pouvoir politique ou quel qu’il soit. En clair on veut une réelle autonomie des universités. »
« Changement de sens » hurle un universitaire posté au centre du cercle. Dans une seconde de confusions, les manifestants se retournent et reprennent leur marche et leur conversation.
Un an après le mouvement étudiant contre la LRU, les enseignants sont en tête de cortège sur la même problématique. « C’est assez exceptionnel estime Nicolas, étudiant à Paris 8. Les professeurs sont en grève. Ca fait assez longtemps que ça n’était pas arrivé. »
Pourtant cette année, la mobilisation des étudiants fait un peu défaut pour grossir les cortèges. « Ils sont dans une telle précarité qu’ils sont paniqués à l’idée de s’investir dans un mouvement estime une thésarde en littérature qui ne donne pas son nom, lassée de voir ses propos détournés dans les médias. Beaucoup travaillent pour financer leurs études donc une longue grève avec les rattrapages et les retards de calendrier pose un vrai problème économique. »
« La question des validations des semestres nous préoccupe en priorité depuis la rentrée, explique Nicolas de Paris 8. Le gouvernement met la pression la dessus et menace les universitaires d’avoir des diplômes bradés. On tombe un peu dans ce piège finalement »
La ronde redeviendra obstinée et permanente si aucune concession de fond n’est obtenu le premier juin. Et, prévient le tract, « la ronde infinie des obstinés s’invitera dans le débat des élections européennes. »
Erwan Manac'h
Renseignements et Contact : http://rondeinfinie.canalblog.com/, rondeinfonie@gmail.com